L’hygiène et l’assainissement : la face hideuse de nos échecs collectifs !

Note conjoncturelle N°17

L’hygiène et l’assainissement : la face hideuse de nos échecs collectifs !

Disons-le tout de suite et sans détour : nous avons lamentablement échoué dans le volet hygiène et assainissement de notre cadre de vie. La démission des autorités rivalise avec l’insouciance de la population sur cette question. Nos quartiers, nos six mètres, nos lieux de travail (administration publique et privée) et les abords de nos domiciles sont le reflet parfait de nos comportements peu recommandables. Au passage dans certains quartiers, les odeurs répugnantes nous alertent sur la qualité de vie qui y prévaut.

A qui la faute dirons-nous. La faute va en premier lieu à l’Etat qui a manqué de vision, de stratégie et de volonté depuis des années pour prendre à bras le corps cette question. Conséquence, jusqu’aujourd’hui et selon les statistiques officielles du Ministère de l’Eau et l’Assainissement, le taux national de l’assainissement est de 22,6% en 2018 (dont 16,4% en milieu rural et 38,2% en milieu urbain) contre 21,6% en 2017. Malgré ce constat, lorsque vous parcourez les plans de développement et stratégies tant au niveau national que local, très peu d’attention est accordée au volet assainissement.

Pour s’en convaincre, tenez !

Concernant la construction de latrines dans les Centres de Santé et de Promotion Sociale (CSPS), les prévisions sont dans l’ensemble peu ambitieuses allant de trois (03) latrines prévues pour les régions de l’Est et du Plateau Central, quatre (4) latrines prévues pour la région du Centre, cinq (5) dans les Hauts Bassins à dix-sept (17) latrines pour les régions du Centre Nord et du Sahel lorsqu’on parcourt les documents programmatiques du Ministère de l’Eau et de l’Assainissement. A ce manque d’ambition corrobore également le taux de réalisation de cet engagement qui vacille entre zéro pour cent (00%) de réalisation dans cinq régions (les régions de l’Est, du Plateau Central, du Centre Sud, les Cascades, du Centre), 80% de réalisation dans la région du Centre Ouest et 60% dans les Hauts-Bassins (DGESS/MEA : 2018). Faites un tour dans les formations sanitaires.

Sur une prévision de 502 latrines à réaliser dans les écoles primaires en 2018, 208 latrines étaient construites au mois de septembre 2018 (Source : DGESS 2018) représentant ainsi 41,43% de taux de réalisation. Toutefois, lorsqu’on regarde de très près, on note que les prévisions sont très disparates et les régions des Cascades et du Centre- Sud ont les plus petites prévisions à savoir la construction de 10 latrines chacune contre 149 et 101 respectivement pour les régions du Centre nord et du Sahel. En outre, on observe que malgré cette faible prévision de 10 latrines pour les Cascades, au bilan de septembre 2018, le taux de réalisation y était de 00%. Le constat terrain est très accablant. De vieilles latrines en ruine au-delà du fait d’être hors d’usage constituent de graves dangers pour les élèves qui fréquentent ces établissements.

En outre on constate une démission totale de l’autorité communale en matière de gestion des déchets. L’absence, la non vulgarisation et la non application de mesures dissuasives ou répressives, y compris de régulation qui obligeraient chaque citoyen à veiller sur la propreté de son cadre de vie. En l’absence d’une prise de conscience ou d’un engagement citoyen, ces mesures auraient tout au moins eu pour objectif d’encadrer la gestion de notre milieu de vie.

La faute incombe en dernier ressort et surtout à nous tous. Evidemment, bien que nous citoyens ne devrions pas croiser les bras et attendre que tout vienne de l’Etat, nous voyons que dans bien de cas, nous n’avons aucune considération pour l’entretien de notre propre cadre de vie et attendons malheureusement tout de l’Etat pourvoyeur. Alors qu’un geste simple de notre part peut contribuer à assainir notre environnement : s’abstenir de jeter les eaux usées sur la voie publique, ne pas jeter des ordures dans les rues, les caniveaux ; les six mètres, ne pas déféquer n’importe où, etc. sont entre autres des gestes éco-citoyens de grande portée.

Le cadre de vie des étudiants n’est guère meilleur.

cadre de vie des étudiants

Ce tas d’immondices très visibles depuis des mois à l’intérieur de la cité universitaire de la Patte d’Oie de Ouagadougou traduit à souhait notre état d’esprit. L’autorité s’en préoccupe peu et la communauté estudiantine tellement résiliente a fini par accepter de vivre et de manger à côté de ses odeurs nauséabondes, ses mouches et moustiques qui font désormais partie intégrante de son biotope !

Voici la face hideuse de nos comportements peu citoyens en matière de contribution pour assainir notre cadre de vie et d’interpeller l’autorité sur ses obligations.

Pour relever le défi de vivre dans un cadre sain, nous devons de façon urgente changer nos habitudes. L’Etat doit surtout respecter ses engagements notamment dans le domaine de l’hygiène et l’assainissement si nous voulons faire de la santé des populations un leitmotiv dans le sens de la préservation du capital humain gage de notre développement.

Diakonia Burkina Faso

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