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Cet engagement figure dans le Plan de développement économique et social (PNDES). Il est aussi repris dans la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier Ministre DABIRE du 18 février 2019.

  • Depuis 2016, le gouvernement a décidé de la mesure de gratuité des soins pour les enfants de 0 à 5 ans et les femmes enceintes.
  • Au cours de l’année 2019, la politique de gratuité s’est poursuivie avec des fortunes diverses. Les difficultés n’ont pas manqué et nos sorties terrain ont permis de noter quelques-unes.
  1. Concernant le paludisme :
  • On note selon le rapport de performance 2019 que la létalité du paludisme grave chez les enfants de moins de 5 ans est en baisse; elle est de 1,1% en fin 2019 contre 1,5% en 2018.  Il existe cependant des disparités d’une région à l’autre. Quatre régions ont un taux de létalité supérieur à la moyenne nationale. Il s’agit de la région du Centre-Est, de la région du Centre-Nord, des Hauts Bassins et du Sahel. La létalité varie de 0,6% (région du Centre) à 2,1% (région du Sahel).
  • En 2019, la proportion des enfants de 0-5 ans malades pris en charge selon l’approche PCIME est de 64,7% pour une cible annuelle de 55%. Cette cible est largement atteinte.
  • Il existe cependant aussi des disparités régionales. Ainsi, la proportion des enfants pris en charge selon la stratégie PCIME varie de 11% au Centre à 93% dans la région du Centre-Nord. Cinq régions n’ont pas atteint la cible annuelle de 55% ; ce sont les régions du Centre, du Centre-Est, du Centre-Sud, du Sud-Ouest et des Hauts-Bassins. 

 En 2019, 94,7 % des cas suspects ont bénéficié d’un examen de confirmation par TDR ou goutte épaisse contre 89% en 2018 pour une cible annuelle de 98%.

  1. Sur le plan des accouchements assistés :
  • Le taux d’accouchement assisté est de 41,9% en 2019 contre 47,4% en 2018 pour les mêmes périodes de comparaison. La cible annuelle est fixée à 90%. Il s’agit-là d’une contre-performance.
  • Ce résultat pourrait s’expliquer par la fermeture de certaines formations sanitaires dans les zones à forts défis sécuritaires (Sahel, Est, Centre-Est et Centre-Nord). A cela, il faut ajouter les mouvements de grève et d’humeur dans le secteur de la santé dus à la non satisfaction des revendications des syndicats.
  • On note également une faible couverture en CPN4 en 2019. Elle est de 22,7% pour une cible annuelle de 60%. Cette couverture était de 39,3% en 2018. On note vraiment que la cible est loin d’être atteinte et montre du même coup que la politique de gratuité ne portera pas les fruits escomptés.
  • Selon le rapport de performance, la proportion des accouchements réalisés avec partogramme en 2019 est de 84,7%. Ce taux varie de 74,2% dans la région du Centre-Est à 91,9% dans la région du Nord.
  • La proportion des accouchements réalisés avec partogramme est en baisse entre 2016 à 2019.
  • En 2019, peu d’actions ont été réalisées pour le suivi de la MMR du fait des mouvements sociaux dans le secteur de la santé.
  1. Sur le plan de la césarienne :
  • Le taux de césariennes réalisées est de 2,9% en 2019 contre 2,51% en 2018, 2,26% en 2017 et 2,17% en 2016 à pour une cible de 10% prévue en 2020. Avec cette tendance, il est peu probable que la cible soit atteinte en 2020. Les taux les plus élevés sont enregistrés dans les régions du Centre et des Hauts Bassins qui sont les régions de forte concentration. 
  • Selon le rapport de performance 2019, en dépit des efforts réalisés, la mortalité intra hospitalière maternelle, reste élevée. Elle est de 143 pour 100 000 parturientes en 2019 pour une cible de 90.
  • Les décès néonataux sont également en hausse entre 2016 et 2018 en dépit des efforts réalisés pour leur réduction. En 2019, le taux de décès néonatal est de 6,67 pour 1000 naissances vivantes contre 6,53 pour 1000 en 2018. Les données sont collectées mais les causes profondes et les facteurs évitables des décès néonatals sont moins documentés pour aider à la riposte et à la réduction des décès. Les principales causes sont : l’insuffisance de plateau technique, le faible suivi des femmes lors des grossesses, la faible capacité opérationnelle des services de soins prénatals (seulement 32% des structures de soins disposent des directives de soins prénatals et moins de 1% des formations sanitaires disposent de l’ensemble des éléments traceurs).
  • En ce qui concerne le taux de décès maternels audités, il est de 25,2% en 2019. Ce taux est en baisse depuis 2016. Les principales difficultés rencontrées au cours de l’année 2019 sont la faible fonctionnalité des comités d’audits, la faible promptitude dans la notification des cas de décès et l’absence de rencontres de restitution des résultats des audits dans les structures sanitaires. 
  • Il est important pour l’autorité, au regard du nombre élevé de décès maternels enregistrés entre 2016 et 2019, de mener des investigations, y compris à travers les audits de décès maternels, pour s’assurer que le taux élevé n’est pas lié n’est pas lié à l’augmentation du nombre de césariennes dans le pays dû à la politique de gratuité. Dans tous les cas, il faudra prendre des mesures pour minimiser les risques de la césarienne vis-à-vis des parturientes et de leurs enfants
  • La proportion de formations sanitaires n’ayant pas connu de rupture des médicaments traceurs est de 14,5% en 2019 contre 13% en 2018. Cet indicateur a connu une amélioration peu sensible par rapport à 2018. Cependant des efforts doivent être faits pour tendre vers la cible qui est de 85%. En outre, le contexte est marqué par un faible taux de complétude des données.
  • Les ruptures des médicaments traceurs sont imputables à une insuffisance dans le suivi des stocks (insuffisance dans l’utilisation du système d’information de gestion logistique) à la faible capacité financière des dépôts répartiteurs des districts et des ruptures au niveau de la CAMEG.
  • Le nombre de poches de sang collectées dans les CRTS/DPD en 2019 est de 80 124 (pour une prévision de 104300) soit un taux de réalisation de 79,28%.
  • Il faut noter qu’il subsiste encore des difficultés de fonctionnement au DPD/PS de
  • Ouahigouya, de Kaya, de Gaoua et de Dédougou. Le CRTS de Tenkodogo est encore non opérationnel. Cette situation impacte négativement sur l’atteinte des objectifs de collectes.
  • La mise en œuvre de la gratuité des soins rencontre des difficultés dont la plus importante est l’insuffisance de l’allocation du budget de l’Etat. Sur un besoin de 32 milliards de F CFA, la dotation a été de 26 098 516 000 F CFA en 2019, soit un gap de 5 901 484 000 F CFA. Le montant alloué a permis le remboursement des dépenses du quatrième trimestre 2018 et des premier et deuxième trimestres 2019. La conséquence directe de cette situation est que les formations sanitaires sont remboursées en deçà de leurs dépenses ; en outre, ce remboursement est tardif. Cette situation joue négativement sur la capacité d’autofinancement des formations sanitaires, et cela est la principale cause des ruptures fréquentes de médicaments dans les dépôts de vente de médicaments.

On remarque aussi que les paiements des soins pour la gratuité ne tiennent pas compte de la qualité des soins offerts.

  • Lorsqu’on considère l’évolution des indicateurs des sous-effets « l’accès aux services de santé de qualité est garanti pour tous » et « l’accès aux services de santé adéquats pour les maladies transmissibles et non transmissibles est amélioré », on note que l’année 2019 a quasiment enregistré les indicateurs les plus bas (en termes de performance) ou les plus élevés (en terme de létalité) au cours de la période 2016-2019. Une régression qui traduit une vraie contreperformance du secteur. On note de graves dysfonctionnements internes assez graves imputables tant à l’autorité qu’aux agents de santé (les faibles taux de surveillance et de transmission des données, le manque de suivi des actions sur le terrain, les ruptures de partographes, etc.).
  • Cette situation interpelle tous les acteurs de la santé, en premier lieu l’autorité qui doit faire un diagnostic sans complaisance de ces tendances négatives pour prendre les actions correctives qui s’imposent. En second lieu, les acteurs du domaine de la santé sont interpellés sur leur responsabilités à offrir les soins de santé dans le respect des droits humains, de la déontologie et des directives médicales en vigueur. On en vient à se demander même si le comportement et les faiblesses internes au système de notre santé (ruptures intempestives en consommables médicaux, grèves à répétition, mauvais comportements de certains agents lors de l’accueil des usagers /patients) n’ont pas fini par décourager et à asseoir une crise de confiance au sein de la population.
Engagement en cours de réalisation
Date de l'évaluation : 05-2020